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La
marée monte.
Nous
le sentions, nous le savions, dès avant d’arriver à la plage. Elle monte
sur le sable, en nos chairs, sous nos voix. Nous n’y avions pas encore
décalqué nos premiers pas, que son évidence puissante et salée s’est
imposée à nous. Il n’y a personne à cette heure du soir. Nous nous
approchons d’un brise-lames, nous abjurons progressivement les quelques
centimètres qui nous séparaient encore. D’effleurements en effleurements,
mon torse tutoie déjà ta poitrine. Nos regards se cherchent, se trouvent,
se réciproquent, tandis que des fièvres secrètes font peu à peu balbutier nos
gestes.
La
marée monte.
Ta
bouche décline doucement en la mienne la gamme de ses salives. Et mes
lèvres qui jusqu’ici n’avaient épousé que l’absence des tiennes, s’enivrent
brusquement de leur insolence humide et chaude. Mes paroles rougissent, tes
silences gémissent… Seul ton prénom reste encore tatoué sur ce qui me reste
de voix. Tes paumes s’adonnent lentement à mes hanches, les miennes
récitent le galbe de tes fesses. Mais déjà mes doigts remontent, agrippent
un à un les vertiges de ta chevelure, comme pour l’éplucher de ses
rousseurs souveraines.
La
marée monte.
A
présent nos yeux se lèchent plus que nos langues ne se contemplent. Les
premières frénésies peuplent nos phalanges de délicieuses crispations. Ma
main titube sur la jeunesse de tes seins, tes doigts trébuchent sur la
maturité de mon sexe. Et serré contre ton ventre, c’est l’univers entier
qui entame le rituel immémorial de ma propre érection… Je n’inhale
désormais plus l’air noyé d’iode, mais le souffle même de ta bouche, si
tiède, si rauque, si saccadé. Et nous nous respirons l’un l’autre bien
au-delà de nos poumons, là où le halètement abdique toute haleine…
La
marée monte.
Nous
nous arrachons soudain nos vêtements comme pour mieux extirper de nos peaux
l’hérésie sacrilège du tissu. Mon jeans, ta jupe andalouse, mon
sweat-shirt, ton chemisier jonchent bientôt le sable autour de nous. Nos
sous-vêtements ne tardent pas à les y rejoindre. Et aussitôt, la beauté
foudroyante de tes seins dardés me perfore le regard infiniment plus loin
que les yeux… Nous sommes désormais nus, toi et moi. Insupportablement nus
sur cette plage toute offerte à la bruine glaciale de janvier. Mais ce
n’est pas de froid que nous frissonnons. C’est de notre propre désir. Des
chamades infernales qui se disputent les battements de nos cœurs. De cette
indicible moiteur qui habite nos paumes en délire de caresses…
La
marée monte.
Je
te regarde être rousse. Je contemple cette façon unique qu’ont les rousses
d’être belles, d’être nues, d’être femmes. Même tes cris sont roux, même
tes cris sont nus, même tes cheveux sont cris, même tes cheveux sont tout.
Je veux te dévêtir de tes paroxysmes les plus intimes, et me révéler aux
dernières de tes ferveurs. Alors tu adosses lentement ta chair à la dureté
du brise-lames, et je viens habiter de ma faim tes cuisses entr’ouvertes.
J’entre en ton corps comme on naît au monde, et ce mouvement devient
soudain fou, marée haute, marée basse, marée haute, marée basse, marée
haute, marée basse, soutirant à cette plage de chair qu’est ton ventre des
cambrements de plus en plus tempétueux, des convulsions de plus en plus
fauves, des soubresauts de plus en plus affolés.
La
marée monte, monte, monte.
Nos
langues se marient et se re-marient maintenant
l’une à l’autre en de reptiliennes épousailles, pendant que mes mains
convertissent tes seins à d’extatiques durcissements. Tes ongles se
referment convulsivement sur la chair de mon dos, y faisant naître
d’imperceptibles soleils de sang. Comme en réponse, je mords la blancheur
de ton cou à en faire étinceler de douleur ton plaisir. Grimpant d’apogée
en apogée, tu gémis déjà moins par ta bouche que par ton sexe. Moins par
tes lèvres …que par tes lèvres. Au comble de l’absolu, tu rejettes enfin la
tête en arrière et hurle de plénitude par chaque orifice de ton corps,
tandis que je fais déferler au plus profond de toi l’éclatement ultime des
vagues elles-mêmes… Tu sanglotes de bonheur, et tes larmes sont mon sperme,
et mon sperme est ta sueur, et ta sueur ma salive. Et nous gisons longtemps
– oh ! si longtemps !... – l’un dans l’autre, à même la froideur
de la pierre, dans l’infinie ruisselance de nos
chairs devenues océans…
La marée est à présent au plus
haut. Mais quelque part, elle ne cessera jamais de monter encore…
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